lundi, 07 mai 2007

NDE vs Lumière suite 4

medium_ang2-x.jpg




La lumière

Dans 13 expériences, soit 50 % de l'échantillon, il y a eu un déplacement entre l'état incarné et l'état dans la lumière. Saris vouloir en tirer des conclusions, le fait mérite attention. 69 % des témoins sont entrés dans la lumière. Il est très facile d'identifier ce vécu. C'est probablement celui pour lequel les mêmes mots sont les plus répétés.
Pourtant, deux témoins se sont trouvés dans une lumière qui semblait différente de la lumière-source, mais n'était pas non plus la lumière ordinaire. Bien-être et répercussions de l'expérience ont quand même eut lieu, mais ou sent qu'il ne s'agit pas du même ordre. Il ne s'agissait, en fait, que de décorporations. Cette lumière semble effectivement particulière à l'OBE

La lumière est décrite comme une lumière générale, diffuse, sans origine et sans ombre, souvent blanche dorée, intense mais non aveuglante.

Mais elle est aussi décrite comme orangée, bleu pastel, sous forme de sphères, de bruine.

Des témoins distinguent la lumière à la sortie du tunnel et la lumière " après ", animée : " ensuite ce fut une vibration de couleurs, comme des petits électrons en mouvement incessant dans lesquels je me faufilais, je me fondais, Je devenais la couleur, faisais partie de la vibration ".

Une description ressort particulièrement dans sa précision et sa spécificité : " C'était comme une lumière noire, tout le contraire de notre lumière, tellement infinie que j'en ai été impressionnée , l'infinitude par opposition à l'incomplétude de l'état corporel , notre lumière est la fausse lumière, il y avait là une densité tellement épaisse que c'est la lumière à l'intérieur qui l'animait, j'ai pensé aux ténèbres mystiques ".

La relation avec la lumière est le plus souvent perçue comme un bain ou une fusion. On a l'impression d'un retour dans une matrice originelle liquide et protectrice. C'est une fusion-identification : " comme si j'étais moi-même lumière ". On s'y baigne, on y fond, on y est bercé, on en fait partie, c'est la patrie retrouvée.

Car cette lumière n'est pas seulement une lumière, elle est chaude, chaleureuse, mais plus que cela : " on est tous issus de là, cette source, c'est la lumière, on fait tous partie du même océan de lumière ", " énergie fantastique ", " la régénération ", " la force ", " l'amour ", " la paix ", " la connaissance ", " la lumière du Christ ", " l'Etre Suprême ", " le Soi intérieur ", " l'Esprit ",

Les sentiments associés à son contact sont à la dimension de ces qualités : idyllique, le bonheur, la douceur, le réconfort, la joie, la purification, l'allégresse, un bien-être inoubliable, divin, merveilleux.

Véritable noyau dur de l'expérience, c'est à la lumière que les témoins rapportent leurs transformations ultérieures.



Rencontres

35 % de nos témoins ont fait des rencontres. Celles-ci sont de plusieurs sortes et semblent remplir des fonctions précises et différentes : rassurer, témoigner, réparer, informer.
Plutôt au départ, dans le tunnel on même ultérieurement, ce sont des présences non personnifiées, encourageantes, accueillantes, rassurantes ou témoins.

Les témoins peuvent symboliser un état de conscience ou une réalité physique : pour un sujet, des entités au loin un peu floues représentaient la limite de l'au-delà : le témoin savait qu'il pouvait s'approcher et les voir distinctement, mais qu'il ne pourrait plus revenir.

Le tunnel peut être peuplé de présences fluidiques, mais à ce stade-là il n'y a pas de reconnaissance d'individus précis.

Dans la lumière, les rencontres sont de plusieurs catégories :

Des inconnus avec lesquels les contacts sont rares : dans un cas, ils passaient simplement et dégageaient amour et sérénité. Dans un autre, ils servaient de fond et n'étaient que des visages.

Des « inconnus-connus » : personnages reconnus par l'expérienceur, mais sans lien avec sa vie terrestre et sans nom. Le sentiment qui vient alors est : " enfin je les retrouve, cela fait si longtemps qu'on ne s'est pas vus ", " je sais qu'ils m'ont suivie à travers mes vies et que mon coeur les a toujours connus ". Ils peuvent prendre la décision du retour.

Des décédés connus (directement ou indirectement) : Un témoin a retrouvé son petit frère, mort à 7 mois, il avait grandi. Cette rencontre, à l'évidence, a rempli une fonction de réparation (de la perte durement subie à sa mort par le témoin), mais elle a été aussi l'occasion d'une transmission d'informations sur la fin d'un membre de la famille. Ce même témoin a rencontré un membre de la famille de son mari, mort à 25 ans, qu'elle n'avait jamais connu, mais vu en photo; à cette occasion, elle fit une prise de conscience utile. Tous deux, précise-t-elle, avaient des traits physiques et rayonnaient de lumière. Plus rare encore, cette femme a vu la petite chienne boxer qu'elle a eue dix ans plus tard (par un concours de circonstances), Sa relation avec tous les trois a été une communion.

Un homme, juste avant son retour, a vu deux membres de sa famille décédés, dont une grand-mère qu'il découvrit par la suite médium ; ce qui n'est pas anodin puisqu'il devint voyant professionnel à la suite de sa NDE.

Nous avons eu connaissance d'un cas curieux par rapport à la généralité : comme pour les autres cas, la rencontre de son père et de sa grand-mère décédés a eu une fonction très fortement réparatrice, puisque leur message était " tout est amour, on n'est jamais séparés ", alors que cette femme traînait une grande tristesse de fond depuis la perte de son père. Mais à leurs côtés se tenaient la mère et le frère du témoin, tous deux bien vivants (et qui le sont encore). Or, nous savons que la rencontre de vivants se produit fréquemment chez les enfants, mais en principe jamais chez les adultes (du moins dans la lumière).

De façon générale, les témoins ne rencontrent pas n'importe quel décédé : un lien d'amour précoce ou d'identification les unit.

Dernière catégorie : des entités actives, guides spirituels... Ils sont là pour aider aux prises de conscience et décisions : " tu n'as pas encore entamé ta mission ", " tu dois repartir " pour instruire ou pour soulager ; " à ma deuxième NDE, juste après la mort de ma grand-mère, les entités m'ont apporté un soutien physique et moral ".

Comme dans les NDE anciennes, elles peuvent être habillées de longues robes blanches de lumière et exprimer l'élévation spirituelle.

On peut se demander qui sont ces entités, si elles ne sont pas une représentation du sujet. Certains témoins semblent l'indiquer : " j'étais entourée de gens qui me portaient, me donnaient de la chaleur et de l'amour, on est soi et, en même temps, on fait partie de la foule ", " j'ai vu au loin une femme transparente en foetus, était-ce moi-même ou le bébé que je venais de perdre ? Elle était mon repère ", " je voyais les entités toujours présentes comme à travers une lentille, c'est-à-dire dans une opacité et une lumière, je pouvais les rendre plus concrètes, en matérialisant mon état de conscience ", " je sentais que cet être-là, c'était moi, moi arrivée à une plus grande expression, une plénitude de moi, comme un petit enfant qui serait arrivé au bout du chemin ".

D'autres témoins pourtant ressentent vraiment comme " autres " les entités avec qui ils ont été en communication. Sauf en ce qui concerne les parents décédés, ces entités sont la plupart du temps investies d'une grande spiritualité, d'une grande autorité, d'une grande supériorité. Elles offrent les attributs de la divinité. Si l'on veut en rester à une notion de personnification, il sera difficile de mettre en cause un quelconque sous-état du moi. Le Soi jungien, en tant qu'archétype structurant tout l'être psychologique et exprimant la totalité du moi, semble beaucoup plus adéquat. Il pourrait être intéressant, en ce sens, de rapprocher les manifestations rencontrées de la relation de l'expérienceur à son monde intérieur.



Panorama de la vie et décision de retour

23 % des témoins ont revu des scènes de leur passé, mais certains eurent des aperçus sur la vie future et sur des vies antérieures. Pour ces dernières, il ne s'agissait pas de personnages fabuleux ou valorisants. En revanche, elles ont servi à un témoin pour prendre la décision de retour. Les éléments de vie future ont été en partie vérifiés, sans que l'on puisse parler de programmation de la prédiction,
C'est à cette occasion que le témoin prend conscience de la raison des choses et de la responsabilité de ses actes, même les plus minimes, sans qu'il y ait de sentiment de forte culpabilité.

Il y a eu, dans 50 % des cas, décision de retour prise par le témoin ou imposée. Dans 38 % des cas, le retour est fait pour assurer une fonction parentale.

Il est, cependant, difficile de déterminer si le retour est dû à l'instance physiologique ou psychologique. Une raison de retour pourrait n'être que la traduction psychologique d'un processus physique en cours de redressement, tout comme une volonté de revenir pourrait suffire à commander le succès d'une réanimation.

Un anesthésiste-réanimateur a ainsi pu déclarer : " nous accomplissons des gestes techniques, mais au fond, je n'ai pas le sentiment que nous soyons maîtres de quoi que ce soit ; c'est ailleurs que cela se passe ".



Entrée dans une autre dimension

La question qui nous préoccupait était de savoir en quoi l'expérience se différenciait d'un rêve. Puisque tous les témoins s'accordent pour considérer que leur expérience n'est pas un rêve et qu'elle est plus réelle que la réalité ordinaire. L'expérience n'est pas un rêve, disent-ils, parce qu'elle a une réalité plus puissante, plus vraie, plus profonde, non humaine, non terrestre, indélébile. Alors qu'un rêve s'oublie et a peu de conséquences, elle vous poursuit dans la vie et vous transforme. En fait c'est, pour eux, une évidence.
Mais en quoi est-on dans une autre dimension que la réalité ordinaire ?

C'est d'une part en raison :

- de perceptions différentes : couleurs inconnues, musiques célestes, paysages mobiles ;
- de leur beauté ;

- de leur caractère exceptionnel : amour, énergie, harmonie, joie, calme, angélique, magnifique, universel, impersonnel, le monde de Dieu, le nirvana, le paradis.

En résumé, tout est " plus ", " paroxysmique ", " multiplié par 10 ", " plus subtil ", " plus pur ", mais plus encore, il n'y a plus de peur, plus d'angoisse, plus de problèmes, plus de lutte, plus de passions. C'est un vrai leitmotiv. Un témoin, tout en y croyant très fort, a même caricaturé cet état par la formule un peu triviale : " tout le monde il est beau, tout le monde il est joli, tout le monde il est gentil ".
Si l'on interroge les témoins sur l'ordre de réalité, les réponses sont loin d'être naïves, et ne tirent pas vers le merveilleux : " une conscience élargie " ; " un autre monde de perceptions " ; " une sortie des trois dimensions connues " ; " un monde de sensations plus intenses " ; " au coeur de moi-même " ; " au centre de moi-même " ; " mon essence " ; " le monde de l'âme ".

Si l'on rapproche les qualifications de la lumière de celles attribuées à cette autre dimension, nous retrouvons la quiétude et l'indifférenciation : pas d'altérité, donc pas de crainte. Le réflexe serait de recourir à l'explication par l'état fusionnel de la gestation maternelle. Il est vrai qu'on a le sentiment de se trouver devant des états hautement régressifs.

Mais est-il possible de limiter l'expérience à une simple régression, alors que veille la conscience-témoin ?

En termes de développement personnel, l'analyse à mener serait celle du rapport régression-progression. En d' autres termes, s'agit-il d'une expérience d'a-dualité, c'est-à-dire de retour à l'indifférenciation foetale (involutive), ou d'une expérience de non-dualité, c'est-à-dire de retour à l'originaire illuminé par la conscience (évolutive) ?



Répercussions

Il n'est pas d'un grand intérêt de développer longuement les répercussions, qui font, dans la littérature spécialisée, l'objet d'un véritable mythe. Évoquer la perte de l'angoisse devant la mort, la certitude d'une survie, l'augmentation de la religiosité et les changements de personnalité est certes fascinant, mais provoque aussi des réactions de rejet, et l'on aboutit dans l'un et l'autre cas à un refus d'étude sérieuse. Ce qui est sans nuances n'a souvent d'autre motif qu'idéologique.
Phillis Atwater 15, dans son étude des répercussions sur 200 Américains, a estimé que 25 % n'en sortaient pas transformés ; 65 % l'étaient de façon importante et 10% de façon radicale.



La mort, la survie, la spiritualité

Ces trois termes sont fortement et logiquement corrélés. De la conception de la mort découle celle de la survie, et de celle de la survie dépend pour partie la religion. Les pourcentages sont d'ailleurs très proches : 96 % des témoins n'ont pas peur de la mort, 92 % croient en une survie, et 92 % ont une religiosité transformée.


La mort et la survie

Une première précision est nécessaire : si la mort ne fait pas ou plus peur, les conditions dans lesquelles elle se passera comptent beaucoup : la peur de la souffrance demeure.

A la question : " Qu'est-ce que la mort signifie pour vous ? " les réponses convergent. Apprivoisement, négation et sublimation. On débouche logiquement sur la certitude de la survie, qui n'est que rarement la conservation du corps ou de l'identité.

" On peut devant elle être paisible et serein ", " je l'attends avec patience ", " je suis plus calme, car c'est maintenant le connu ", " il faut s'y préparer comme on prépare un voyage vers des contrées lointaines ".

" Je ne peux plus avoir peur de la mort ", " la mort n'existe pas ", " elle n'a plus le même sens ", " il n'y a pas un avant et un après, il y a la vie ", " la mort est un passage, c'est une fin, pas la fin ", " la suppression d'un provisoire ", " je sais que je vivrai toujours ", " mourir c'est retourner chez soi ; venir sur terre c'est se déchirer ", " c'est le passage d'un état à un autre ", " la mort, c'est la vie ", " c'est une autre vie dans une autre dimension ", " mourir c'est accéder à une autre vie, plus libre, plus vaste ", " c'est une nouvelle naissance ", " un autre plan de conscience ", " une initiation ", " un réveil ", " je croyais que c'était la pourriture et la fin, maintenant c'est pour moi la régénération, la résurrection ", " c'est le commencement d'une autre vie incorporelle ", " une énergie qui retourne à la source-mère, qui est retraitée et réutilisée comme dans une usine de récupération des déchets ", " la plus belle des métamorphoses ", " une plongée dans la lumière ", " c'est une autre forme de vie, pas du tout la même, il n'y a pas de continuité ".

" Et moi je suis sûre qu'on va au ciel, mais on va au palier de ses affinités ", " j'ai la certitude de la vie éternelle ", " la mort pour moi avant était inévitable et sans rien après, la dimension transcendante est devenue une évidence ".

Pourtant la conscience d'une impossibilité à la devancer traverse tous les témoignages (mais il s'agit de personnes qui sont revenues " je n'ai pas peur, mais on ne peut pas l'avancer, ce serait comme perdre une amie, sauter une classe, ce serait un échec ", " avant je la désirais, j'ai compris maintenant la nécessité d'une conscientisation dans la matière, la mort est devenue quelque chose de très grave, elle m'impressionne, serai-je jamais prête ? "

Il est évident que ces convictions tiennent à la teneur de l'expérience. Il est rationnel que se croire mort et se sentir en vie fassent faire des rapprochements et extrapoler à la mort réelle, puis à la survie, C'est apparemment l'OBE qui produit cet effet de foi.

Les deux cas de non-croyance à la survie sont à cet égard instructifs. L'absence de décorporation se double pour l'une d'une absence d'expérience transcendante, et pour l'autre d'une négation après coup de son état de mort. Pour la seconde, la peur de la mort subsiste contrairement à son insight interne à l'expérience ; pour la première, c'est sa syncope qui est associée au bien-être, pas la mort,

Le vécu extatique de la mort est une autre raison de la conversion.

Un sujet ne sait plus à quoi s'en tenir à cause de son expérience négative qui vient contredire le positif de son OBE.

Les rationalistes considèrent souvent que la croyance en une survie n'est qu'une béquille cachant une peur de la mort.

On observe, avec la NDE, une corrélation contraire : confrontation et acceptation de la mort, disparition de la peur de la mort, croyance en la survie. En revanche, ce qui apparaît bien est la relation entre l'interprétation de son expérience et la croyance.

En fait, les choses sont beaucoup moins simplistes : " avant, pour moi, la mort était le néant, donc simple et confortable ; cela a tout compliqué ", " il existe quelque chose après la mort, c'est perturbant ".



La spiritualité

Il est délicat de démêler conditionnement culturel et répercussions réelles dans ce domaine, tant nous sommes tous plongés depuis des siècles, athées ou non, dans un bain de chrétienté (en Occident, bien entendu). Pourtant, les témoins semblent garder une certaine objectivité, comme si l'expérience leur avait donné une distance.
Spiritualité est un meilleur terme que religion car ce dernier rappelle trop les institutions. On prend souvent ses distances vis-à-vis des religions et du dogme : " il faut être au-dessus de la religion, la religion n'est pas Dieu, c'est l'image que les hommes en ont ", " la religion n'est qu'un moyen de réaliser Dieu ".

Tout à coup le sujet n'a plus besoin d'intermédiaire : " je ne pratique pas la religion, je pratique la religion de charité, je ne vais pas à l'église, par contre je vais voir les gens ", " la religion n'a pas de frontières ", " avant je croyais à un paradis et un enfer, maintenant je sais que ce sont des états intérieurs ", " j'ai besoin de comprendre ma religion de l'intérieur ", " je vivais ma religion superficiellement ".

Pour la majorité des témoins, il s'agit donc d'une orientation vers la dimension transreligieuse.

Mis à part les deux sujets que nous avons évoqués plus haut, les absences de transformation de religiosité concernent des sujets déjà très pieux dont l'expérience n'a fait que confirmer une foi bien ancrée.

La différence entre croyance et foi se fait clairement : " avant je croyais, maintenant je sais ", " c'est une conviction interne que rien ne peut ébranler ".

Quand il y a incompatibilité entre dogme et croyance nouvelle, c'est souvent la connaissance expériencielle qui emporte la partie. Ce qui n'empêche pas le recours au « bricolage » pour maintenir une certaine compatibilité. L'exemple le plus courant est celui de la résurrection et de la réincarnation. Un expérienceur qui a été éduqué dans le dogme chrétien de la résurrection et reçoit, dans sa NDE, un « enseignement » sur la réincarnation, invoquera le tournant du concile de Constantinople, en 543, qui condamna la réincarnation, et soutiendra l'antériorité de cette croyance pour la chrétienté.

Rares sont enfin les témoins parlant d'un Dieu suprême personnifié : " cela n'a rien à. voir avec le Barbu qui a sacrifié son fils, ceci est du folklore, nécessaire pour certains ".

Il est en fait question d'une transcendance indéfinie, souvent exprimée sous forme d'énergie : " il y a quelque chose au-dessus de nous ", " quelque chose d'indéfinissable ", " des forces énergétiques qui dépassent l'entendement humain ", " je suis persuadée qu'il existe une force cosmique unique ".



Changements généraux

Les études statistiques ne peuvent rendre compte de la dimension qualitative d'un entretien. Toutes sortes de messages cohérents ou contradictoires viennent renforcer ou disqualifier les réponses. Toute étude statistique devrait donc s'enrichir de données qualitatives fournies par l'enquêteur, ce qui exclut, pour cette appréhension, toute étude faite sur la base de témoignages recueillis par voie postale.
Une réserve devrait être faite vis-à-vis de l'auto-évaluation par les témoins de leurs changements. Le biais est incontournable. Vérifier auprès des proches se révèle quasi impossible. La pondération ne peut donc se faire qu'à partir de la cohérence interne du discours, de la sagacité des enquêteurs ou de la fréquentation des témoins eux-mêmes.

On assiste souvent à une surévaluation des répercussions. On peut se demander si elle vient réellement des témoins ou des désirs des chercheurs et auditeurs. Il y a en effet de quoi rêver.

Il est vrai que l'expérienceur, bien plus qu'un retour à la vie, se sent re-né : " c'est une initiation, une renaissance ", " mon enfance s'est cassée à 42 ans ", " je suis une autre personne ", " c'est une remise en question totale ", "je vis une deuxième vie ".

Les changements positifs sont connus.

Changement dans l'échelle dès valeurs : amour, connaissance, compréhension, service devancent les valeurs matérielles.

Développement de la sensibilité ou de certaines capacités et apparition de dons psi : sensibilité, concentration, relaxation, mémoire, détachement, médiumnité, prémonition (localisation physique dans le plexus solaire), magnétisme, décorporation, télépathie, synchronicités, clairaudience, inspiration, rêves particuliers, contacts avec l'invisible.

Modifications physiologiques : certains mentionnent des modifications qui continuent, ou pour l'un d'entre eux des taux de coagulation et de cicatrisation plus rapides.

Kenneth Ring 16 a vérifié de façon significative le syndrome de sensibilité à l'électricité : plus d'allergies, plus de capacités paranormales, dons de guérison, sensibilité à la lumière, acuité auditive, humeur changeante. Kenneth Ring préconise par conséquent des recherches sur le champ électromagnétique de l'homme.

Acceptation et respect de la vie : regain d'énergie et de courage, recherche d'incarnation, émerveillement devant la. moindre manifestation de vie, conscience écologique, végétarisme.

Quête intérieure et recherches : religion, après-vie, nature du réel, psychologie, c'est le début d'un questionnement sans fin sur soi et sur le monde.

Remises en question sévères : au niveau de l'amour qui ne peut plus être sentimental mais exigeant, au niveau des amis, du conjoint, de la profession.

Sens de la vie : il ne s'agit pas seulement d'un sens particulier, mais d'une philosophie qui peut prendre la forme d'un message à transmettre dont les grandes lignes sont :

- positivité, tout est utile, il faut construire ;
- accomplissement pour soi et pour les autres, la vie est une école pour évoluer, les épreuves sont salutaires ;

- responsabilité personnelle ou encore loi des causes et des effets.

La NDE est un cadeau : " je suis privilégiée comme ceux qui sont vaccinés ". Il faut témoigner que la mort n'existe pas et que l'amour et la lumière sont les seules valeurs vraies, tout ce qui vit reflète le divin, il faut le respecter, y compris le corps.
Les effets négatifs le sont moins.

Ce sont, d'une part, des difficultés d'adaptation au retour.

Problèmes d'accommodation des sens : " je voyais les objets très en relief venant au-devant de moi ", " j'étais devenue extrêmement sensible aux sons, c'était insupportable ", " les arbres étaient décalés ".

Refus de revenir : " je me suis sentie longtemps entre deux mondes ". Ce refus peut devenir complètement pathologique si le témoin finit par être insatisfait de toute action « terrestre », parce que tout ne peut être qu'en deçà de la perfection entrevue. Il peut alors ne plus rien vouloir faire et s'enfermer dans un douloureux repli.

Sentiment d'être étranger, incompris des autres et de ses proches : " ma façon de vivre leur paraît inexplicable ", " pour la famille maintenant je suis le diable ".

Phillis Atwater y ajoute des problèmes dans la relation au temps, une perte de ses limites et des règles sociales, une difficulté à personnaliser l'amour.

D'autre part, des effets pervers, vraisemblablement par défaut d'intégration.

Rares sont les témoins qui en ressentent le besoin, mais l'intégration d'une telle expérience ne se fait pas toute seule. La société et son modèle matérialiste dominant ou religieux quelque peu sclérosé n'en fournissent pas les outils appropriés, Dans ce contexte, de 10 à 20 ans sont sans doute nécessaires, sans garantie du résultat. Ceux qui s'en tirent le mieux sont peut-être ceux qui recourent à des structures existantes explicatives, comme certains cercles ésotériques. A condition qu'ils ne soient pas trop dogmatiques.

La grande similitude des discours, des convictions, et la recherche d'honnêteté dans l'évaluation des transformations sont flagrantes. Mais pouvons-nous en rester au discours explicite ? Cela simplifierait le phénomène et les relations chercheurs-témoins-demande d'un certain public, mais ne serait aucunement satisfaisant.

Quiconque a approché un grand nombre de témoins ne peut qu'être frappé par la relative fréquence de la douleur d'être, la part non négligeable d'insertions bancales au monde, voire des assertions compensatrices concernant des capacités supérieures ou l'élection dont ils ont bénéficié.

Des contradictions patentes nous ont rapidement fait atterrir : coexistantes à des proclamations d'amour, de tolérance et de jugement éclairé, nous avons pu assister à des attitudes malveillantes, des accusations mensongères non vérifiées, des craintes de spoliation, des menaces, de la méfiance, des attentes passives et revendicatrices. Ces cas-là sont heureusement rares, mais ils sont frappants et illustratifs de la condition humaine tiraillée entre des intentions sincères et l'épreuve des faits.

Nous ne connaîtrons jamais l'avant de l'expérience, les progrès sont peut-être énormes en terme d'éveil de conscience. N'est-ce pas là, après tout, le premier pas ? Rien ne nous empêche de rêver à une humanité entière partageant cette vision du monde. Sagesse et solidarité y auraient sûrement une meilleure place !

Ces nécessaires restrictions devraient éviter de faire de l'expérienceur soit un délirant, soit un demi-dieu, soit un être devenu soudainement spirituel, soit un mutant modèle du futur homme. Pseudoscientificité et pseudo-spiritualité ne sont qu'illusion se renvoyant l'une l'autre dos à dos.

Il est donc très important d'examiner l'impact de l'expérience, mais il faut d'abord se reporter à l'histoire du sujet, c'est-à-dire s'interroger sur le contexte dans lequel se produit l'expérience.



Antécédents

D'autres chercheurs américains (Kenneth Ring et Bruce Greyson en particulier) ont pensé à chercher dans cette direction, mais s'il existe une cohérence entre leurs conclusions et les miennes, l'analyse que je vous propose constitue, dans sa forme, une nouveauté.
Qu'est-ce qui fait que telle personne a une NDE ou s'en souvient et pas telle autre ? C'est en interrogeant les témoins sur leur enfance et leur adolescence que nous avons récolté les antécédents suivants. Ils sont classés en 6 catégories.

Le report ait tableau annexé est indispensable pour mesurer leur importance. 96 % des témoins ont l'un ou l'autre de ces antécédents, certains les ont tous à la fois.

- Dons psi chez le témoin enfant ou dans la famille proche. Souvent le témoin ne le découvre qu'après son expérience, car le proche ou l'ancêtre n'est pas toujours reconnu par ses proches.

L'enfant a souvent réprimé ses dons, lorsqu'il a découvert que tout le inonde n'était pas comme lui. L'expérience est l'occasion de leur réveil et de leur développement.

Des antécédents psychiatriques chez un proche peuvent équivaloir aux dons psi, dont ils sont peut-être le versant pathologique (à moins qu'il n'y ait eu erreur de diagnostic, ce qu'on ne peut exclure).

- Séparation brutale ou perte du père, de la mère, d'une figure parentale, ou d'un objet d'amour très important.
- Contexte menaçant pour la vie du témoin : bombardements, violences physiques contre le témoin par ses proches ou contre ses parents en sa présence.

- Déracinement soudain.

- Interrogation précoce sur la mort, la religion...

- Perte ultérieure d'un enfant : dans une première analyse, j'avais proposé cet antécédent, à titre de provocation, pour pointer de possibles renversements temporels. Poursuivant mon intuition, j'ai demandé à un témoin ayant perdu son enfant de longues années après sa NDE, si elle aurait supporté ce deuil sans sa NDE. Sa réponse fut négative. Son expérience l'avait donc préparée bien à l'avance. Depuis, spontanément, un autre témoin a analysé, dans ce sens, une des fonctions de sa NDE. Sur l'échantillon, nous avons 3 à 4 deuils d'enfants post-NDE.

Sans échantillon de contrôle pour comparer les antécédents d'une population « normale », cette analyse peut être invalidée. Il reste évident que nous n'avons trouvé que ce que nous avons cherché. Enfin, les témoins sont assez réticents sur cette partie du questionnaire.
Toutefois, une étude de Kenneth Ring et Christopher J. Rosing 16, par des voies différentes et indépendantes, vient la confirmer. Leur étude porte sur 74 expérienceurs et 54 non-expérienceurs 17 pour le groupe-contrôle. Elle établit la place significative des traumatismes de la petite enfance chez les expérienceurs. Leur étude avait pour objet la recherche de facteurs prédisposant à avoir une NDE. A la même époque, sans le savoir, les chercheurs français posaient des hypothèses similaires.

Les chercheurs de l'IANDS sont très partagés sur la signification de ces facteurs. Or, ceux-ci semblent dévoiler une sorte de circulation familiale d'énergie liée à la mort qui, pour ma part, semble être du plus grand intérêt.

Se focaliser sur les antécédents traumatiques ne signifie aucunement :

- que toutes les personnes ayant ces antécédents auront une NDE ;
- que les personnes n'en ayant pas n'auront pas de NDE.

Il faut les considérer comme un terrain prédisposant, ce qui signifie à la fois :
- qu'un terrain peut octroyer, pour employer une métaphore informatique, un code d'accès, étant entendu que cette réponse n'est pas la seule possible,
- qu'un tel terrain peut simplement provoquer la capacité on le besoin de mémoriser, dans la même mesure que certaines personnes se souviennent de leurs rêves ou pas, à certains moments ou pas, selon leur contenu. Cette mémorisation peut aller jusqu'au besoin ou pas de verbaliser, sachant que cette énonciation permet l'intégration et augmente probablement le pouvoir curatif de l'expérience.

N'oublions pas que d'autres voies peuvent mener à expériencer ou à se remémorer une NDE : une sensibilité ou une perméabilité particulière aux états modifiés de conscience ou à l'invisible. Nous avons par exemple un témoin dont le père, à l'instar des Senoï, faisait part des rêves à ses enfants tous les matins. On connaît l'usage de leur rêves par cette peuplade et les rapports entre les rêves lucides et la décorporation.
Ces facteurs ne sont pas indépendants : ils ont tous un rapport direct ou indirect avec la mort. On connaît en psychiatrie comme en parapsychologie le lien entre les phénomènes paranormaux et les forts traumatismes qui atteignent l'individu dans sa propre intégrité (ou celle d'un parent car il est alors en danger psychique équivalent). Il y a bien évidemment redoublement du choc quand le protecteur devient l'agresseur, comme dans les violences parentales à l'égard de leurs enfants.

Certains phénomènes paranormaux pourraient provenir, comme l'explique Djohar Si Ahmed 18, d'une mobilisation de l'énergie psychique liée à des modifications brutales de l'homéostasie narcissique. L'homéostasie narcissique est le processus par lequel est maintenu l'équilibre énergétique dont dépend le bien-être psychique et physique du sujet. Cet équilibre est naturellement lié aux expériences de plaisir et de frustration. Dans le cas de perte majeure (de rupture d'investissement affectif), l'équilibre est brutalement rompu et le sujet se trouve en état d'hémorragie.

On sait également que la dissociation est un mécanisme de défense observé dans les mêmes circonstances. Or la dissociation n'est pas forcément pathologique. L'hypothèse est que, dans ce cas, elle peut ouvrir la perception à l'invisible. La déconnexion qui permet au sujet de se protéger pourrait continuer à jouer sans situation de stress et brancher le sujet sur les réalités alternatives.

Comme si un mécanisme, ne devant jouer qu'en cas extrême ou au moment de la mort, était appris. C'est en tout cas l'impression que donnent les témoins avec leurs capacités à se décorporer ou à entrevoir d'autres dimensions d'espace-temps ou psychiques. Tout se passe comme si une clef se trouvait positionnée en face d'une serrure normalement inaccessible. Il suffit alors d'un tout petit mouvement, que le témoin peut arriver à sentir, pour que la clef s'engage dans le trou. L'enclenchement n'est pas garanti : certains ont essayé avec demi-succès ou sans succès, alors que quelquefois, sans qu'ils le cherchent, le mécanisme jolie.

Une problématique avec la mort peut subsumer tous les facteurs répertoriés, la NDE intervenant comme guérisseuse soit prospectivement (deuil ultérieur), soit rétrospectivement (deuil passé), Cette problématique se révèle :

- soit directement, par les événements de la vie du témoin ou de ses proches : séparations et exodes brutaux, menaces et chocs, pertes de parents ou d'amis de coeur ;
- soit indirectement, à travers les effets connus de cette problématique, qu'ils touchent le témoin ou sa proche famille : épisodes psychiatriques, dons psi, grande piété.

Certains seront peut-être surpris de la prise en compte du rapport à la mort, par voie directe on indirecte et inter - ou transgénérationnelle. Ce sont, en fait, des phénomènes maintenant théorisés en psychologie. Dans le contexte que nous étudions, il s'agirait de la transmission d'un deuil non fait, ou de ses symptômes (dons psi) entre membres d'une famille, jusqu'au moment où l'un de ces membres pourra dénouer le noeud, en exprimant et intégrant cette problématique.
Les concepts de Fantôme et d'Ange ont été élaborés pour rendre compte de ce processus.

Pour Nicolas Abraham, " un Fantôme est un objet de l'inconscient transmissible d'inconscient à inconscient dans les relations de filiation ". Et Didier Dumas complète : " L'Ange est un concept indissociable de celui de Fantôme. Il conceptualise tous les phénomènes bizarres, voire télépathiques, qui permettent de trouver les mots manquants avec lesquels on dissout un Fantôme. L'Ange est ainsi le représentant d'un message réceptionné par d'autres voies que celles de la parole 19. "

Un de nos témoins, Mme B., illustre la possibilité de rupture dans un scénario transgénérationnel, par similarité de vécu et expression résolutive. Mme B. frôla la mort à 26 ans, à la suite d'une rupture des trompes, et dans sa NDE, elle rencontra son père, décédé à 26 ans, Elle lui dit alors : " Tu vois je suis morte comme toi à 26 ans " ; mais son père lui répondit qu'il n'en était rien, qu'elle allait repartir sur terre et réenfanter. Ce qui arriva. En somme, le père a joué le rôle de l'Ange.

Si l'on revient aux configurations des familles des témoins, on observe une sorte de capitalisation de deuils, séparations... et symptômes liés. La NDE n'arrive donc pas n'importe où. Elle semble opérer une réparation narcissique dans des milieux où se sont probablement produites de grosses hémorragies narcissiques.

L'expérienceur, à travers sa NDE, tenterait de se guérir (et du même coup sa famille) de cette hémorragie narcissique. Mais il ne pourra y parvenir que s'il peut parler de sa. NDE et l'intégrer. Sinon, il a toute chance de continuer à porter et transmettre le Fantôme.

Comme dans les thérapies familiales reste en suspens la question du membre porteur du symptôme : pourquoi lui ? Et comment ?



Discussion de quelques cas en guise de conclusion

Quatre sujets, présentant quelques aspects atypiques, peuvent nous aider à mieux comprendre ce qui se passe et comment se lient antécédents, répercussions, rationalisations.
Pour qu'une NDE produise ses effets positifs, il apparaît effectivement :

- d'une part, que la reconnaissance et l'interprétation par le sujet de son expérience sont déterminantes
- d'autre part, que certains événements (qui font sens avec la NDE) remplissent une fonction de rappel et d'intégration ;

- enfin, qu'il n'y a pas indépendance de l'avant et de l'après, que ce soit au niveau des croyances ou des événements qui ont structuré l'expérienceur.

Les deux premiers sujets ont déjà été signalés plus haut, à propos de l'ambiguïté de la notion de mort.
Persuadée d'être morte dans sa NDE, Mine M. renie ensuite sa conviction par rationalisation. Les répercussions en termes de croyance sont à l'opposé des habituels schémas : peur de la mort, pas de changements, pas de croyance en la survie, religiosité non modifiée.

Au contraire, Mme C. n'a pas été en proximité de la mort et n'a pas eu de NDE caractérisée : pendant un évanouissement de quinze minutes, elle s'est retrouvée dans un espace différent, assistant à une scène dans laquelle évoluaient des personnages de l'époque de Louis XV. Mme C. observe cependant chez elle des répercussions identiques à celles des expérienceurs. Mais si l'on considère son mode d'être au cours de son enfance, on s'aperçoit que le sentiment d'étrangeté et d'altérité était déjà présent et préparait la rencontre et l'acceptation du Tout Autre : elle cite notamment son regard de toute petite fille dans un miroir, se sentant une vieille âme et trouvant grotesque cette image d'enfant. Elle était persuadée que ses parents n'étaient pas les siens, ce que l'on peut rapprocher du roman familial, mais, dans la réalité, sa mère, éthéromane, avait à plusieurs reprises tenté de la tuer.

Si l'on compare leurs expériences respectives, l'amplitude de l'expérience n'explique pas les répercussions : Mme M. a vécu la lumière et ne s'en est pas trouvée transformée, mais, avoue-t-elle, " je n'ai pas assimilé l'expérience ". Mme C. a vécu ce qui semble être une incursion dans une autre dimension, en a été changée, mais pas immédiatement.

Une longue période de dépression a, en effet, précédé sa transformation. Ici encore, on voit apparaître le rôle de la rationalisation. Son expérience l'ayant convaincue que la mort n'existait pas, Mme C. ne disposait plus du suicide, ultime recours qu'elle s'était donné en cas de vieillesse misérable. La mort était alors pour elle silence, néant et paix. Elle décida par conséquent de « faire de l'argent » pour préparer ses vieux jours, mais perdit tout. Cette sorte de deuxième mort joua comme un rappel, puisqu'elle intégra alors son expérience, son message et sa mission : faire savoir que la mort n'existait pas,

Un troisième sujet montre la complexité du déclenchement des effets.

Mme F. a eu deux NDE et un coma de quatre jours à la suite d'une tentative de suicide. Sa première NDE, à l'âge de 6 ans, a laissé peu de traces, mais sa deuxième NDE, à 26 ans, avec décorporation et lumière, lui a donné une soif de connaissance et fait entreprendre les recherches. Confrontée à de très graves problèmes, elle fit une tentative de suicide, vingt-deux ans plus tard. Il n'y avait pas, chez elle, désir de retrouver l'expérience, car à la date de son suicide, en 1978, elle n'avait pas entendu parler des NDE, et n'avait fait aucun rapprochement (malgré sa première expérience). Son coma ne lui a laissé aucun souvenir, mais un déclic s'est produit : le courage d'affronter la vie lui est revenu avec celui de reprendre les recherches entreprises vingt-deux ans plus tôt. Nous savons que les comateux ramènent rarement des NDE mais, si le souvenir est manquant, la NDE a pu avoir lieu et produire ses effets. Donc, quelques transformations non radicales après une deuxième NDE, mais celle-ci n'avait pas été reconnue comme telle. C'est finalement un choc similaire (sans mémoire d'expérience), vingt-deux ans plus tard, qui déclenche réellement les effets. Ces derniers ont été probablement renforcés par la découverte de Moody peu après.

Notre dernier cas comporte lui aussi un effet retard intéressant et fait le lien entre répercussions et antécédents. Pour Mme F. qui a vécu une NDE lors de son accouchement, les changements furent très négatifs : vingt ans de dépression très lourdement traitée. Ce sont les retrouvailles inattendues avec l'ami d'enfance dont elle avait été brutalement séparée à 8 ans (par l'intervention de son père) qui ont déclenché du jour au lendemain les effets de sa NDE : réinvestissement de son corps, perte de 20 kg en un an, appétit pour la vie et mission à accomplir.

Comme si la NDE, couplée avec la naissance de son fils, avait actualisé la perte de son ami de coeur et relancé un deuil non fait. L'amour-lumière peut en effet être comparé, dans sa perfection et dans son caractère régressif, à un amour d'enfance qui comble narcissiquement et panse une éventuelle défaillance parentale. Le contact avec cette lumière n'a probablement pas été suffisamment profond pour réparer l'hémorragie narcissique, et le refoulement vers la vie a pu réactualiser cette perte précoce d'objet d'amour. Le retour de cet ami semble avoir produit, après vingt ans, non seulement des effets de réparation affective, mais aussi des effets de croyance (amour-lumière, survie, etc.). Or, ces croyances ne sont pas directement liées aux retrouvailles, mais à la nature de la NDE.

La NDE apparaît donc dans sa spécificité de réponse globale au problème de la mort. Elle ne se contente pas, en effet, de réparer un deuil particulier, mais se constitue en solution totale par l'accès qu'elle permet au religieux. Il apparaît, néanmoins, que la souveraineté du sujet reste entière, puisque, finalement, la décision lui appartient de la faire advenir ou non comme telle.

Il semble, en définitive, difficile de corréler imminence réelle de la mort, profondeur de l'expérience et importance des répercussions. D'ailleurs, en dehors de cas extrêmes, la gradation des expériences est délicate. Il n'apparaît pas qu'existe en soi un étalonnement d'amplitude de NDE dépendant de changements ultérieurs.

En revanche, la rationalisation, reflet de la croyance dominante (ancienne, nouvelle ou résurgente) semble déterminante pour modeler la NDE, son interprétation et son impact sur la personnalité, lequel se trouve fortement relié à son intégration/compréhension.

Au terme de cette discussion, il apparaît que l'on se trouve devant un tout, non pas comme l'entend K. Ring dans Heading toward Omega (solidarité de l'expérience et de ses répercussions), mais devant un tout complexe donnant forme à l'expérience, pleins et creux à sa mémorisation et réalité aux changements. Dans ce tout s'intriquent solidairement psychique et physiologique, terrain sensible du sujet, caractéristiques de sa personnalité, poids prédictif de ses attentes ou rétrospectif de ses interprétations.

La NDE est bel et bien un phénomène complexe. Et c'est en tant que tel qu'elle s'inscrit dans une recherche scientifique contemporaine.

NDE suite 3

medium_546480.jpg




2.

INVARIANCE ET MULTIPLICITÉ DES EXPÉRIENCES DE MORT IMMINENTE

Les prémices d'une grande enquête française

Évelyne-Sarah MERCIER
Anthropologue

" Eh bien, disons que je connais toutes sortes de choses parce que je n'ai pas d'histoire personnelle ; parce que je ne me sens pas plus important que n'importe quoi d'autre ; et parce que ma mort est assise avec moi, là. "

Don Juan Matus
Carlos Castaneda
(Voyage à Ixtlan)
Ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre précédent, avant l'entreprise IANDS-France on ne peut parler d'enquête conséquente et approfondie sur une population française.
A ce jour quelque 300 Français susceptibles d'avoir vécu une NDE nous ont contactés. Afin de tester le questionnaire mis au point par les chercheurs de l'IANDS, j'en ai sélectionné une trentaine essentiellement sur la région parisienne (pour seules raisons de commodité).

Nous avons rencontré ces témoins de NDE, les avons enregistrés, leur avons laissé des questionnaires complémentaires, puis nous avons retranscrit sur papier, pour les étudier, ces rapports très complets de leurs expériences (une vingtaine de pages par témoin).

Cet article vous en propose une analyse qualitative, élément par élément, aussi proche que possible de l'expression originelle. J'ai voulu privilégier l'aspect « fait brut », en regroupant et juxtaposant ces morceaux de récits qui prennent ainsi force et sens.

Ceux d'entre vous qui connaissent l'expérience y retrouveront les régularités familières qui font l'intérêt de la NDE, mais aussi des enrichissements et des nouveautés 1.



Analyse qualitative des principaux éléments d'une NDE

Connue pour tout phénomène humain, les descriptions de l'expérience varient et convergent tout à la fois.
Les modalités de certaines phases paraissent parfois réellement différentes. Si l'on prend la seule sortie du corps, on peut avoir :

-" je suis sortie de mon corps à une vitesse vertigineuse ",
- ou " je me suis détachée en même temps que prenait l'anesthésie ",

- ou encore " j'ai été aspirée ".

Après tout, il y a quasiment autant de façons de monter un escalier que d'humains. Mais il y en a de plus efficaces ou de moins dangereuses, de plus conscientes ou de moins entraînées 2.
Pour certaines composantes, les modalités ne semblent varier qu'en fonction d'idiosyncrasies et/ou d'imaginaires individuels. Nous savons que l'imaginaire peut dépendre de nos réactions singulières aux stimuli, mais aussi d'autres facteurs à déterminer. Certains témoins vont dire " je flottais ", d'autres " je planais ", ou " je volais ". En l'occurrence, le sujet semble exprimer le même état d'apesanteur en fonction d'une plus grande sensibilité à l'élément eau ou air.

Des programmes de recherche particuliers sont en train de se constituer pour explorer ces hypothèses 3.



Deux nouveautés importantes.

Tout a-t-il été dit sur les phases et les circonstances de la NDE ? Le modèle « Moody » jouant comme une nonne, on peut s'attendre à des autocensures. Ainsi, à ma connaissance, deux nouveautés me sont apparues qui n'ont pas encore été portées à l'attention du public.

La première est que nous devrions peut-être ajouter une phase (stage, degré) aux modèles américains : l'expérience du vide. Ce vide n'est pas total 4 puisqu'il y a encore « conscience de » et mémoire, perception d'un état d'être, vécu psycho-affectif, et tonalité affective particulière : une sorte de stase de l'activité mentale, sans forme ni son, mais avec état de lumière, équanimité accompagnée d'un sentiment d'indicible bien-être non terrestre. Il n'est pas exclu qu'il puisse y avoir une phase de vide réel

Cette phase serait à différencier des moments de perte de conscience ou des passages dans un néant gris ou obscur qui se produisent parfois au cours de la NDE. A ces passages sont souvent associées de l'angoisse et de la solitude. Elle serait également différente du vécu d'amour, fusionnel et extatique, de la lumière.

L'autre élément nouveau concernerait les circonstances de l'expérience. La relation sexuelle n'a pas été jusqu'à présent comptée au titre des déclencheurs de l'expérience. Ayant reçu des témoignages en ce sens, j'ai pu vérifier que certains chercheurs américains étaient parfaitement au courant.

Il faut beaucoup de courage pour oser témoigner de ces circonstances, mais deux femmes ont franchi le pas, l'une d'elles après 20 ans de silence. Le récit en a été difficile, mais libérateur. A la suite de sa NDE et de façon instantanée, sa vie s'était effectivement transformée dans le sens d'une démarche religieuse et initiatique. Mais comment en parler et être prise au sérieux quand, même avec mort imminente, la NDE provoque encore des sourires ?

Qu'y a-t-il donc de commun entre la petite mort (autre nom pour l'orgasme) et celle qui mettra un terme à nos jours ? Probablement un lâcher-prise du contrôle et un relâchement de la conscience permettant son état modifié ; à un niveau plus concret, la petite mort peut fort bien avoir provoqué un bref arrêt cardiaque, ou un équivalent neurophysiologique. La conjonction d'Eros et Thanatos visible dans la NDE apparaît, dans cette circonstance, illustrée et renforcée.



Imminence de la mort

L'imminence de la mort est-elle nécessaire pour qu'advienne une NDE ?
La simple croyance en sa mort proche peut-elle la déclencher ? La perception ou la conviction doivent-elles être conscientes ? D'autres se sont posé la question avant nous.



Recherches faites sur la corrélation entre l'imminence de la mort et la NDE

Melvin Morse 5, en 1986, a subdivisé un échantillon de 40 enfants en deux groupes : d'une part 11 enfants ayant subi une atteinte physique très grave avec un taux de mortalité supérieur à 10%, d'autre part 29 enfants atteints sérieusement, mais dont l'affection n'avait pas un taux de mortalité significatif Dans le premier groupe, il a trouvé 7 NDE, soit 64 %, et dans le second aucune.

0wens. Cook et Stevenson 6, à partir d'un échantillon de 58 expériences, dont la plupart s'étaient perçus en imminence de mort, ont comparé les 28 cas réellement proches de la mort avec les 30 cas de personnes dont le dossier médical ne confirmait pas leur conviction de s'être trouvé dans cette situation. La phénoménologie des deux groupes s'est révélée identique, mais avec des différences importantes et significatives en ce qui concerne la lumière et les facultés cognitives bien plus développées en situation de mort imminente.

Par ailleurs une étude de 1989-90 de Stevenson, Cook et Mc Clean Rice a montré que, sur 40 expérienceurs persuadés d'être proches de la mort, 55 % ne l'étaient pas, et 45 % l'avaient été réellement. La différence se faisait également sentir au niveau de l'OBE 7 : la vision de leur corps physique de l'extérieur était rapportée par 65 % de ceux qui avaient réellement frôlé la mort, mais par 43 % de ceux qui avaient seulement cru mourir.

En somme, on a plus de chances d'avoir une « grande NDE » si l'on est réellement près de la mort, mais un stress psychologique suffit à la provoquer.

Chercher un déclencheur, c'est se situer dans une logique linéaire mal adaptée à un processus qui semble complexe. L'analyse des 26 expériences montre une diversité de cas dont les approches statistiques a priori plus rigoureuses ne rendent pas compte. Ce qui me soutient dans l'idée qu'une étude qui se limite à la phénoménologie de l'expérience elle-même et à ses circonstances (comme le font ces approches descriptives) risque d'en laisser échapper les ressorts.

L'appréhension de l'origine d'une NDE se trouve encore compliquée par l'existence de plusieurs NDE ou de plusieurs anesthésies, ou encore de plusieurs accidents sans systématisation de l'expérience chez les témoins : il peut y avoir chez un même sujet plusieurs occasions d'avoir des NDE, dans des circonstances similaires ou non, sans qu'il y en ait à chaque fois, ou avec plusieurs NDE différentes, et cela sans logique apparente d'un avant et d'un après. Nous avons quand même 7 témoins de l'échantillon dans ce cas.

Il n'est pas non plus certain que l'on puisse invoquer un type d'anesthésique puisque l'expérience peut se produire avec ou sans anesthésique et qu'un même sujet, endormi par le même anesthésique, peut avoir ou ne pas avoir de NDE.



Que pouvons-nous dire en ce qui concerne notre échantillon ?

Il était nécessaire, pour avoir une idée de la corrélation entre proximité de la mort et NDE, d'établir une classification minimale entre les expériences collectées. J'ai ainsi divisé les expériences en trois catégories, selon la présence des éléments suivants : OBE *, passage, déplacement vers la lumière, expérience de la lumière, accès à une autre dimension, rencontre d'entités.

Le procédé est assez rudimentaire, mais les résultats paraissent significatifs. Cette classification ne rend pas bien compte de l'aspect qualitatif de l'expérience bien que celui-ci, en fait, dépende beaucoup de l'expérience de la lumière, reconnaissable entre toutes. J'ai fait intervenir la dimension qualitative, notamment celle des changements, en cas de doute,

Est appelée « NDE caractérisée » une expérience comportant 3 de ces éléments et plus. Est appelée NDE limitée une petite NDE (comportant donc moins de 3 éléments). Est appelée pseudo-NDE une expérience qui, malgré certaines analogies, peut difficilement être assimilée à une NDE : simple OBE, voyage en astral, passage dans une autre dimension psychique ou physique.

Il est encore difficile de différencier NDE et pseudo-NDE, car on sent qu'il existe des mixtes et des continuums, avec toutefois un saut qualitatif dans les « grandes NDE ». Le changement de vision du monde est, cependant, très similaire pour les trois catégories.

65 % des sujets se sont crus en mort imminente. Pour ceux qui l'étaient probablement, on observe une forte majorité de NDE caractérisées. Pour ceux dont l'état critique était incertain, nous n'avons qu'une faible minorité de NDE caractérisées.

Les expériences sans perception de mort imminente ne représentent que 35 % de l'échantillon. On a alors une petite moitié de NDE caractérisées.

Les cas de pseudo-NDE on de NDE limitée sont prépondérants, quand la gravité de l'état est incertaine.

Il semble que les sujets apprécient assez justement la gravité ou la non-gravité de leur état (71 et 78 %, contre 29 et 22 % d'erreur).

L'incidence du facteur psychologique sur le déclenchement de la NDE est difficile à évaluer. La seule croyance en sa mort imminente (sans état réel constaté) ne paraît pas très déterminante puisque, dans ce cas, sur la totalité de la population, on n'obtient que 4 % de « NDE caractérisées ». Mais, dans le cas d'un état grave non perçu consciemment, nous avons aussi 4 % de « NDE caractérisées ». Taudis que la proportion de « NDE caractérisées », sans croyance (exacte) en un état proche de la mort, s'élève à 12 % de l'échantillon total.

Il apparaît donc que la présence de « NDE caractérisées » est nettement plus importante dans le cas d'une imminence de mort réelle et perçue que dans celui d'une circonstance ne mettant pas en danger la personne. Sur la totalité de l'échantillon, un état proche de la mort (qu'il soit conscientisé ou non) est corrélé avec 42 % de NDE caractérisées, alors qu'un état sans danger ne l'est qu'avec 16%.

Par ailleurs, les « grandes NDE »(comportant 4 éléments et plus) se sont produites à 90 % en état proche de la mort, dont seulement 4,5 % sans conscience d'y être.

Nous avons donc une confirmation des études précédentes. Le physiologique serait prédominant, avec effet de renforcement du psychologique, mais un déclencheur psychologique reste possible.

Une réelle proximité de la mort, cependant, reste déterminante pour qu'advienne une NDE caractérisée.

Concernant tous ces types d'étude, sur grands nombres on pas, n'oublions pas que mesurer des corrélations est indicatif Cela ne prouve ni n'explique quoi que ce soit. La mise en évidence de tendances ne doit pas masquer la complexité des processus.

Deux témoins illustrent l'ambiguïté de cette réflexion et l'aller-retour inévitable entre l'intime conviction et la rationalisation.

Avant son départ pour la maternité, l'une de ces femmes, Mme M., s'était sentie prête à mourir, à quitter ses proches ; pendant l'expérience " elle n'avait plus peur de la mort puisqu'elle n'appartenait plus à la vie ", mais après l'expérience elle met en cause des processus chimiques et considère qu'elle n'avait été qu'au seuil de la mort.

La seconde femme, Mme C., a vécu, sans approche réelle de la mort, une expérience qu'on ne peut qualifier de NDE (pseudo-NDE). En plein coeur de son expérience, elle avait le sentiment profond d'être morte, Pourtant, si ou lui pose la question, elle répond qu'elle savait qu'elle ne l'était pas, puisqu'elle n'était qu'évanouie.

Or, on constate pour la première une absence de répercussions, pour la seconde des changements quasi classiques. La différence semble être l'interprétation et l'intégration de leur expérience. Ce point sera discuté en conclusion.

A l'image de ces sujets, bien que ce soit moins flagrant dans la plupart des cas, on sent que stress psychologique et stress physiologique peuvent jouer indépendamment ou se provoquer mutuellement. Sans danger de mort apparent, une déconnexion peut se produire. La notion de mort est elle-même très paradoxale : constatée à un niveau plus subtil que le verdict médical, elle est à la fois reconnue et niée par le même sujet ; reconstruite rationnellement, elle peut être aussi bien refusée par une démarche logique.



Les signes avant-coureurs.

Qu'est-ce qui fait qu'une personne est persuadée d'être morte ou en imminence de l'être ? De nombreux témoins ont eu l'occasion d'enregistrer, en état d'inconscience, les propos des médecins. Si cela se passe bien pour l'expérienceur, il n'en éprouve aucune alarme ; si ce n'est pas le cas, le vécu peut être désespéré 8 ; les phrases entendues, en effet, ne laissent pas de doute

- " arrêt cardiaque, il semblerait qu'elle soit morte ",
- " arrêt des fonctions vitales ",

- " elle me claque entre les mains ",

- " la jeune mariée, elle s'en va ".

Soit les témoins sont d'accord avec le verdict, parce qu'ils en ont eux-mêmes la conviction, soit ils ne le sont pas, parce que leur vécu est contradictoire :
Inanimée après une asphyxie, arrivant à l'hôpital, une femme entend l'infirmière demander : " Depuis combien de temps est-elle dans le coma ? " et se dit : " Elle est complètement folle, je suis parfaitement bien ! " Un poil plus tôt, les propos des pompiers lui avaient semblé tout aussi incongrus.

Au médecin qui demandait : " Alors vous vous êtes trouvée mal ? ", une autre femme répondait obstinément, à la fois sérieusement car le paradoxe est extrême, mais non sans humour : " Non, je me suis trouvée bien. "

Plus forts qu'un constat médical entendu alors que les expérienceurs sont pour la plupart déjà " partis ", certains indices semblent les renseigner sur leur état. L'impression qui se dégage est que bien en deçà d'un conditionnement culturel, le corps sait reconnaître instinctivement le début de sa fin. On ne ressent pas du tout au contact des témoins ou à la lecture des interviews une vérification de leurs présupposés concernant la mort. Il semble y avoir comme un fossé entre les apprentissages mentaux et les vécus corporel et psychique. Ce n'est qu'après expérience que la réflexion s'amorce et fait les liens. La surprise, mais non le choc, prévaut à cet instant, car en même temps que se constate l'imminence ou l'état de mort apparaît l'état de bien-être et la continuité de la conscience 9.

C'est essentiellement la sensation de séparation du corps qui fait que le témoin se croit mort. Déduction tout à fait rationnelle puisque nous avons naturellement tendance à associer l'état de vie à l'état corporel 10. L'indice d'un mouvement, soit intérieur, soit interne-externe, est l'impression la plus courante venant à ce moment-là. Elle se traduit fréquemment par " Je m'en vais. "

Cette évidence n'est pas ressentie comme inquiétante " Ce n'était ni paniquant ni désagréable ", " Je trouvais que c'était facile ", " J'étais simplement étonnée de constater que je vivais en dehors de mon corps. "

L'explication de cette simplicité tient à deux éléments qui font également comprendre au sujet son état : la coupure sensorielle et le détachement affectif,

La coupure sensorielle est peut-être plus qu'un indice et illustre l'intrication physique-psychique. Dans le cas de NDE sous hypnose, l'expérience s'est déclenchée sur l'injonction " Tu ne sens plus rien ", ce qui est un ordre de coupure sensorielle. Par ailleurs, K.L.R. Jansen 11 suggère qu'il pourrait exister un substratum neurologique de la privation sensorielle : un système d'ouverture ou de fermeture de la porte des stimuli externes. Selon lui, sa fermeture pourrait faire remonter en surface les souvenirs anciens. Mais ne pourrait-elle aussi ouvrir la psyché au monde intérieur et à d'autres mondes ? L'énergie libérée du traitement des stimuli externes pourrait s'investir ailleurs et donner lieu à l'expérience.

Deux autres indices physiques et un indice psychique sont cités. Le premier est une sensation : la montée d'un froid qui n'est pas un refroidissement extérieur : " Moins 30° au-dehors ou séjourner dans un frigo n'est rien à côté de cette sensation. " C'est un froid intérieur qui monte depuis le bas du corps, ou se propage en même temps que l'anesthésique. Il est tout de suite identifié comme le froid de la mort. Le second est une indication pour le corps médical. Il semblerait que l'expérience advienne lorsque la tension artérielle est inférieure à 2 : c'est le chiffre le plus bas qui ait été entendu avant que l'expérience ne se déclenche.

Enfin, le lâcher-prise, le renoncement au contrôle, l'acceptation de l'inévitable semblent être un préalable au départ de la NDE. Cette idée ne surprendra ni les chercheurs sur les états modifiés de conscience ni les familiers des diverses diverses pratiques orientales de méditation

Il semble donc que la perception de sa mort imminente tienne plus à une intime conviction qu'à l'audition d'un verdict médical. Cette perception est paradoxale : le témoin comprend son état de mort, mais constate une sensation de vie dans ce qu'il croit être la mort. Il en déduit que la mort n'existe pas, ou encore, que " la mort, c'est la vie ". Certains interprètent ce surprenant constat, après coup, dans une logique binaire, mais a priori irréfutable : " Je n'étais donc pas mort. " Les deux logiques sont parfaitement acceptables puisque personne ne sait ce qu'est la mort.

Au terme de cette brève analyse, je pense que quelques indices concrets d'imminence de NDE ou d'imminence de la mort mériteraient attention : coupure sensorielle, détachement affectif et corporel, tension artérielle, décision de renoncement.



L'expérience hors corps

Relativement à notre image du monde et de nous-mêmes, la sortie du corps 12 est probablement l'élément le plus irréductible de la NDE. Tout d'abord en raison d'un vécu personnel à proprement parler extraordinaire, qui bouleverse tout. Mais surtout, pour l'ensemble des hommes, en raison des informations récoltées par le témoin, théoriquement impossibles à obtenir avec les instruments de perception ordinaires, mais qui sont souvent objectives et vérifiables. L'objectivité en question atteint au moins, sinon plus, le seuil de celle jugée acceptable par un tribunal. Les éléments dont il est tenu compte pour juger de cette impossibilité sont : la situation spatiale du corps physique, son état inanimé, la non-reconstitution des informations par connaissances préalables ou perceptions inconscientes ; quant aux observations vérifiées, elles concernent : des objets, des scènes, des propos ou des pensées. Le corps médical peut même se voir reprocher (à bon escient) par l'expérienceur une falsification de compte rendu d'opération, ce dernier ayant observé autre chose pendant l'acte chirurgical. L'honnêteté nous oblige à mentionner aussi " certains délires " post-opératoires de patients sur ce qui s'est réellement passé. Ces faits sont connus et cités par les médecins, qui omettent en revanche souvent de parier des cas non hallucinatoires. Peut-être n'ont-ils pas voulu l'entendre ou peut-être le témoin s'est-il abstenu de le leur raconter, se rendant compte du caractère explosif de tels propos. Une de nos expérienceurs, ayant spontanément raconté à son chirurgien tout ce qu'elle avait vu pendant l'observation, s'est vue menacer d'internement dans un service psychiatrique. Cette réaction est " normale ", dans le sens où la notion du monde partagée par le plus grand nombre gouverne la notion de normalité, mais moralement elle signifie que le médecin préférait rejeter " la folie " sur sa patiente que se poser la question de la sienne.
La grande précision de certaines de ces observations (position d'une aiguille sur un cadran, geste opératoire) tendrait à disqualifier l'hypothèse de perceptions extra-sensorielles (clairvoyance, clairaudience, télépathie) qui sont le plus généralement approximatives ou transposées.

Quatorze témoins de l'échantillon ont vécu une sensation de sortir de leur corps, soit 53 %, dont 13 (50 %) avec des observations objectives qu'ils n'auraient pu faire de l'endroit où se trouvait leur corps physique : que ce soit leur corps, la salle dans laquelle celui-ci se trouvait ou un autre espace du monde habituel situé à distance. On appelle généralement ce quelque chose qui sort, observe et ressent " entité immatérielle ".

La caractéristique hors corps de cette entité immatérielle est loin de faire l'unanimité. De nombreux psychiatres ou psychologues considèrent qu'il n'y a ni réelle sortie du corps, ni entité interne ou externe.

Pour avoir une expérience de décorporation, il suffirait, selon Susan Blackmore 13, que se maintiennent ensemble une activité mentale logique, une imagerie vive ainsi qu'une faible activité de la conscience, celle-ci n'étant plus absorbée par les afférences sensorielles. En état hypnagogique, par exemple, les stimulations intéroceptives qui constituent l'image du corps disparaissent et sortent du champ de la conscience, Celle-ci peut s'attribuer un deuxième corps situé au plafond dans lequel elle se situe et peut projeter alors cette image du corps au loin sur le lit.

Bien que cet auteur ne fasse pas le saut jusqu'à l'OBE, il faudrait citer dans cette lignée Didier Anzieu et ses concepts d'" enveloppes ". Analogiquement avec la peau, Didier Anzieu construit un schéma topographique de l'appareil psychique. L'enveloppe psychique se composerait d'une couche externe faisant écran aux stimuli extérieurs (le pare-excitation), et d'une pellicule interne tournée vers le monde intérieur et mettant en relation les deux mondes. Le pare-excitation fonctionnerait en termes de force et la pellicule en termes de sens. L'articulation de ces deux couches serait variable selon les individus. Une configuration spécifique serait responsable des états-limites (entendu au sens psychiatrique) : non plus emboîtées et superposées, ces enveloppes se continueraient en bande de Moebius ; ce qui expliquerait dans ces états, la confusion entre dedans-dehors, contenant-contenu. Cette approche plus fine est extrêmement intéressante et ouvre tout un champ de conceptualisations, mais il est symptomatique de voir que les mêmes termes : état-limite et bande de Moebius, sont ici conçus dans une acception pathologique quand le Transpersonnel les utilise dans une dimension alternative. L'option de Didier Anzieu, probablement liée à une orthodoxie freudienne, réduit le champ du réel, tandis que l'option transpersonnelle l'ouvre dans une ambition de dépassement 14.

Certes, il est nécessaire d'affiner la conception de décorporation, mais il faudrait littéralement exécuter des contorsions pour faire rentrer toutes les observations des expérienceurs dans un modèle tel que celui de Mme Blackmore on dans l'interprétation de Didier Anzieu.

Pour rendre compte de cette entité qui se sépare du corps physique, le mieux est de rester très descriptif, comme si des cosmonautes, revenant d'un voyage interplanétaire, racontaient aux terriens les espèces entrevues dans une autre galaxie. C'est donc ce que nous allons faire, en tentant de déceler une cohérence dans cette accumulation d'observations.



Le corps physique et l'entité

Les différentes modalités de sortie et de retour dans le corps
Certains se sentent sortir et rentrer, d'autres rentrer mais pas sortir, d'autres enfin ne sentent pas de processus d'extériorisation mais se sentent en dehors.

La sortie peut être douce : " Je me suis sentie soulevée dans de la ouate " ou " portée dans du coton ", " vous flottez, c'est curieux, vous vous sentez partir ", " la montée a été lente, J'avais l'impression que le plafond s'élevait en même temps ", " j'ai eu une sensation de dégagement ".

Ou très vive : " dans ma deuxième NDE, le corps astral est parti d'un seul coup en entier, il se soulevait tout d'un coup et tout se réintégrait en même temps ", " j'ai été propulsée très vite et très haut ", " j'ai été projetée avec une certaine force jusqu'à la hauteur du plafond, comme si le plafond m'arrêtait provisoirement ; à la deuxième projection, j'ai été projetée encore plus haut, puis ce fut le noir et je ne vis plus rien ", " comme une fusée dans la lumière ", " ça vous catapulte comme une fusée, mais ça ne fait pas de fumée comme Ariane ".

Le mouvement d'aspiration, souvent mentionné, pourrait correspondre à une autre façon de sentir la projection : la force tire au lieu de pousser.

Le conditionnement ou la reconstruction logique apparaissent quelquefois : " je suis partie les pieds devant, comme me chantonnait mon grand-père, « tu t'en iras les pieds devant », puis la tête en bas puisque je voyais tout en m'élevant ", " je me suis retournée pour voir mon corps physique ".

D'autres observations apparaissent comme des curiosités, mais, confrontées à d'autres, elles pourraient procurer une vue plus fine de ce qui se passe : " j'ai fait une espèce de voyage dans mon corps qui partait 14."

Le retour peut s'effectuer par différentes parties du corps, mais les notions de chute, de pesanteur et de place à retrouver sont très significatives : " une plongée verticale, la tête la première ", " comme un élastique ", " je me suis sentie devenir lourde comme une pierre, du plomb ", " je suis retombée dans mon corps comme une pierre ".

" Je me suis vue atterrir et presque stagner avec une espèce de rebondissement, puis, tout à coup, arrêt brusque au-dessus de la salle de réanimation. "

" J'ai réintégré mon corps comme un gant, par la tête, comme si je me réenfilais ", " je l'ai réintégré comme une chaussette en passant par la tête ", " comme si je m'habillais de l'intérieur ", " je m'enfilais dans mon corps ", " je me suis alignée sur mon corps ", " je me suis replacée dans mon corps ", " j'ai eu du mal à retrouver mon volume dans ce corps recroquevillé ".

La mention d'une aspiration ou traction arrière, d'un cheminement inverse de celui de la sortie du corps (jusque dans la lumière), mais à reculons, est souvent mentionnée : " quand le choix se faisait, sensation de prendre feu complètement, impression d'être arrachée dans le dos, de revenir comme si on m'arrachait par le dos ", " il y a eu deux dédoublements, une partie partait vers la lumière, l'autre s'en éloignait à reculons » (ce dédoublement du double est rarement rapporté). Symbolisation ou indication d'un mécanisme physique sont dans ces cas tout aussi plausibles.

Une chose est sûre, le témoin résiste : " je me suis débattue dans le ciel, j'ai eu du mal à échapper à cette emprise ", " après la piqûre intra-cardiaque, je me suis débattue pour ne pas réintégrer mon corps ".

On le comprend à entendre les sentiments éprouvés à cet instant:

" Il faut bien que je rentre là-dedans, dans ce corps qui est en train de souffrir, qui est cassé en morceaux, bardé de tuyaux ", " au retour j'ai eu l'impression que je me noyais ", " j'ai eu une sensation horrible à la mesure de la libération éprouvée à la sortie ", " à la réintégration, j'ai senti une immense douleur ", " au retour, les sensations de brûlure se sont intensifiées. Impression à la fois de brûler et d'être confrontée à un passage ", " très désagréable, tous les sentiments humains me sont alors retombés dessus ".

Si l'on pouvait douter de la sortie, d'une extériorisation, cela devient beaucoup plus clair avec ces précisions. La convergence est très grande en ce qui concerne la réintégration : on a vraiment le sentiment d'une entité interne qui rentre dans un moule.



Le lien avec le corps physique

La question se posait de déterminer s'il y avait déplacement d'une entité psychique se dégageant complètement ou partiellement, ou bien s'il y avait perception à distance (clairvoyance).

Certains témoins ont perçu qu'une partie d'eux-mêmes se détachait, sans pouvoir préciser plus : " une partie de moi s'en allait ", " une partie de moi s'est détachée ", " c'est une partie qui s'est déplacée ".

D'autres perçoivent que l'entité est à l'intérieur du corps et qu'elle l'anime : " c'est une entité interne ", " le corps physique est devenu vide ", " espèce de reflet du corps physique devenu vide ".

Il peut y avoir autonomisation de l'entité dans laquelle le témoin se situe : " un cavalier tombé de cheval ", " impression de séparation de l'esprit et du corps ", " tout à fait désolidarisée ", " je me suis entièrement déplacée ", " je ne voyais pas mon corps matériel, mais je savais que j'étais en dehors ".

Mais il arrive aussi que l'expérienceur se sente des deux côtés à la fois : " j'ai senti une coupure de mon être, j'étais des deux côtés à la fois ", " j'étais à la fois dans l'eau et en haut à observer ".

On ne sait plus très bien où l'on est : dehors, dedans, dédoublé, désolidarisé, projeté en partie ?

Les témoignages laissent à penser qu'il peut exister toute une continuité entre détachement corporel, dédoublement, extension d'une partie, complète, sortie avec observations sur place ou voyage au loin. Un témoignage récent montre la possibilité d'être en même temps conscient dans son corps, aspiré dans un trou noir, présent dans la lumière, capable de tout décrire au fur et à mesure, avec une tension artérielle de 3 !

La fameuse corde d'argent de la littérature ésotérique n'a pas été citée, mais l'observation d'un expérienceur " entraîné par nature " témoignerait en faveur de l'hypothèse d'une gradation dans le détachement corporel : " J'ai toujours perçu, dans mes nombreuses décorporations antérieures, un lien, une sorte d'élastique lumineux, argenté, incandescent ; mais dans ma NDE la plus grave, il n'y avait plus rien ; c'est alors que j'ai pensé : je vais mourir. "



Les qualifications du corps physique

La sortie du corps est considérée comme une délivrance : " formidable d'être libérée de ce corps ", " plus de douleur ", " plus mal nulle part ", " on n'est plus prisonnier ".

De faÃ